De Beyrouth à Paris, la double vie d’une docteur et professeur !

Laura-Joy Boulos, docteur et professeur assistant à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, membre du pôle R&D de onepoint, experte en psychologie, neuroscience et intelligence artificielle, figure parmi les “6 femmes scientifiques les plus brillantes” du palmarès 2019 L’Oréal – Unesco for Women in Science du Proche-Orient.

Toujours désireuse d’apprendre, elle met l’ensemble de ses connaissances et découvertes au service de la science et du partage de l’information. Mais comment fait elle pour jongler entre ses deux vies si différentes ? Quelles sont ses plus grandes motivations ? D’où tire-t-elle cette joie de vivre qui l’anime tant ?

Aujourd’hui, je vous propose de rentrer dans son quotidien et de découvrir la double vie d’une personnalité bienveillante, inspirante et passionnante.

Bonjour Laura-Joy, peux tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Laura-Joy Boulos, et avant tout, je vais citer un de nos chers Partner Onepoint Olivier REISSE :

“On nous demande tout le temps de nous présenter par rapport à ce que l’on fait, mais nous ne sommes pas des faire-humain. Nous sommes des êtres humain”.

Depuis mon plus jeune âge je m’intéresse à la psychologie, au processus décisionnel et en particulier au cerveau humain. Comment fonctionne-il ? Quelles sont les différences entre une pensée individuelle et collective, quels sont leurs points communs ? Comment interagissons-nous les uns avec les autres, et pourquoi prenons-nous telle ou telle décision ? Je me pose beaucoup de questions car c’est un sujet qui me passionne énormément et je recherche constamment à faire avancer la science dans cette discipline !

À long terme j’ai envie d’avoir un impact sur notre société, j’ai cet espoir que le monde peut changer, évoluer dans le bon sens… mais malheureusement, on ne prend pas tout le temps les directions qui correspondent à mes valeurs et ma vision d’une société pérenne. J’ai envie de bifurquer ces décisions dans des directions qui me paraissent bien meilleures. Et peut-être même plus tard, qui sait, me lancer en politique et essayer de changer les choses !

Je suis quelqu’un de très passionnée, un électron libre qui aime foncer ! Mais j’aime aussi les bonnes choses de la vie : un 11-0 au ping-pong, le chasse-neige au ski, ou encore déguster un Dalmore Single Malt 18 ans d’âge…

Quel est ton parcours, et comment es-tu parvenue à travailler dans les neurosciences ?

J’ai commencé mes études de psychologie au Liban, travaillant dans un premier temps en clinique. Malheureusement, j’ai eu l’impression de seulement survoler le métier que j’exerçais, de passer à côté de certaines informations au lieu de rentrer dans le vif du sujet. C’est ce qui m’a donné envie d’aller étudier à l’étranger.

Il faut bien être conscient qu’il n’y avait pas forcément d’études liées au monde des neurosciences au Liban. Je suis donc partie en France et au Canada où j’ai pu vivre une expérience exceptionnelle et développer mes compétences. Seulement, au bout de quelques années, je trouvais ça triste l’idée qu’il n’y ait pas ce même genre d’études dans mon pays d’origine.

Je suis donc revenue sur mes terres natales, avec l’idée de changer les choses et développer l’accès aux études neuro-scientifiques. J’ai donc pu former des étudiants passionnés et désireux d’apprendre. Certes, il m’était impossible de créer un Master en neuroscience en si peu de temps, surtout que les débouchés au sein du pays auraient été difficiles pour mes élèves… Mais je n’ai pas lâché l’affaire et je me suis demandée  : Pourquoi ne pas créer des cours de science cognitive et de psycho cognitive tout en conservant l’initiation à la recherche en neurosciences cognitives dans l’espoir, plus tard, d’imaginer l’ouverture d’un premier laboratoire au Liban !

Je donne donc des cours à mi-temps en temps que maître de conférence à la fac depuis 2018. Le reste du temps je travaille avec des entreprises de conseil. Si j’ai fais ce choix c’est essentiellement pour diversifier mes compétences. Étant donné que ce domaine est encore très peu développé au Liban, je ne voulais pas m’enfermer uniquement dans le métier de professeure. J’étais désireuse d’apprendre l’aspect plus business et translationnelle de la recherche en neuroscience. 

Comment se sont passés tes premiers pas au sein de l’entreprise Onepoint ?

J’ai pu intégrer Onepoint il y a quelques années. C’était un très bon mélange entre ma vie actuelle et mon désir d’évoluer dans de nouvelles branches. Erwan LE BRONEC (Parner Onepoint à Bordeaux) était ouvert aux nouvelles idées, innovantes et liées au monde encore sous exploité des avancées scientifiques. J’ai donc pu monter mon groupe R&D, proposer mes projets et faire bouger les choses. Les jeunes docteurs que nous sommes ont une certaine liberté et ont envie de jouer avec, et Onepoint était sur la même longueur d’onde : l’ambition de concrétiser les avancées scientifiques en solutions numériques. Une source inépuisable de motivation !

Comment vis tu l’alternance entre Onepoint en France et tes cours au Liban ?

Beyrouth à malheureusement traversé une crise financière et monétaire catastrophique, entravant les ponts entre la fac où j’enseigne et l’entreprise où je suis consultante. La tragique explosion au port de notre Capitale cet été 2020 sonnera le glas des espoirs d’un monde meilleur le temps de quelques semaines.

Le décalage entre un pays qui tente de se reconstruire et celui paralysé par la peur et la révolte s’est encore plus renforcé. J’ai particulièrement été touchée sentimentalement par ce drame.. La vie reprend son cours, certes, mais j’ai tout de même un devoir sur les épaules: celui d’enseigner. C’est une responsabilité que j’ai envie de porter. Enseigner auprès de tous ces étudiants qui ne désirent qu’une chose : apprendre. Je serai là pour les accompagner et les soutenir dans leurs études, tourner la page et continuer d’évoluer !

D’un autre côté cette période de deuil Libanais et en total décalage avec l’esprit de la rentrée qui se prépare en France. Onepoint est une entreprise de conseil, qui évolue dans un milieu relativement fonceur et innovant. Ces valeurs sont une source de motivation et de challenge normalement. Les équipes sont prêtes à réattaquer sur le front, pour continuer de fournir le meilleur service que Onepoint peut fournir à ses clients ! La crise sanitaire a aussi eu un impact sur cette rentrée. C’est ma rentrée la plus spéciale depuis l’histoire des rentrées je vous avoue. J’ai tout de même cette impression d’avoir une double vie, deux vies qui avancent à deux vitesses totalement différentes, des langages et des émotions très différentes. Mais pour le bien de Onepoint et de la facultée je m’accrocherai pour donner le meilleur de moi-même en France, et rester une source d’inspiration au Liban !

Quels sont les objectifs de l’équipe R&D chez Onepoint ?

Onepoint est une entreprise de transformation numérique qui a voulu se tourner vers le monde de la recherche. Son but étant de ne pas suivre les modes mais d’en créer et de voir encore plus loin, d’imaginer le marché de demain. Avancer la recherche interdisciplinaire autour du numérique est la mission principale de l’équipe R&D de Onepoint. Nous devons rassembler design, machine learning et data, pour ramener la place de l’humain au cœur du numérique. Et pour étudier les humains nous sommes orientés vers différents sujets : L’éthique, la philosophie, la psychologie, puis la neuroscience computationnelle

Le pôle R&D à pour ambition de participer à l’avancée scientifique tout en la transformant. Nous voulons appliquer la science translationnelle en solution concrète plus rapidement qu’actuellement. Nous voulons transformer cette science en logiciels, produits ou services. Il y a cette idée de rendre la science utile, la recherche est utile, et je sens qu’elle a un grand potentiel.

Peux-tu nous présenter ton projet de recherche nommé ï-decide ?

Depuis mon enfance je suis passionnée par les processus décisionnels. Comment prend-on réellement une décision ? Je me suis intéressé à cette question pendant plus d’une quinzaine d’année. Il y a de nombreuses études mais je n’ai trouvé que très peu d’outils qui se concentraient sur ce sujet. Ce qui est compréhensible, les outils avaient du mal à émerger avant aujourd’hui. Par rapport aux avancées neuroscientifiques computationnelles et au machine learning, c’était le bon moment pour monter une solution.

Ï-decide est une application mobile. Cette solution est itérative, le but est de proposer une première application sous forme d’un produit concret. Nous collectons de la data de façon anonyme sur l’état d’esprit des utilisateurs. Elle nous permet d’extraire des modèles, et faire des analyses prédictives sur les mécanismes des processus décisionnel des individus. Notre but est de créer un assistant à la prise de décision. Nous prenons en moyenne 30000 décisions mineures chaque jour (comme par exemple le choix de nos habits le matin). Et c’est énorme comparé aux 27 grandes décisions que l’on prend en moyenne sur ce même jour. Il y a donc la place pour proposer des solutions scientifiques qui permettent d’améliorer nos prises de décision au quotidien.

Ce projet à une partie scientifique d’analyse de data ainsi qu’une section contenant des articles de vulgarisation neuroscientifiques. Notre équipe est donc composée de data-scientistes, UI/UX designer et développeur Front-end et Back-end. Nous bénéficions donc d’une force de frappe conséquente, et le projet se concrétise au fil du temps. Je remercie d’ailleurs chaleureusement l’ensemble des collaborateurs avec qui je travaille.

Où te vois-tu dans quelques années ?

Quand je pense au futur, j’ai très envie de continuer sur cette même lancée hybride entre l’enseignement et l’entreprise. L’enseignement est primordial, parfois un peu ingrat mais très utile pour le développement personnel. C’est pour cela que je souhaite garder un pied dans l’académie et continuer la recherche académique

D’autres part j’ai envie de continuer à penser translationnel : comment mes recherches et mes idées peuvent être transformées ? Comment peuvent-elles être appliquées en solutions utiles, voire générer un business même si ce n’est pas ma priorité.

Je me vois bien aussi toucher à d’autres domaines tout en continuant à travailler dans une entreprise de conseil. Son cadre innovant me permet de découvrir le monde des start-up, une structure qui m’intéresse tout particulièrement.

Et pour terminer, je voudrais continuer le projet i-decide en fonction des ambitions futures de Onepoint. J’ai beaucoup de motivation, je veux faire avancer le monde ! Et si les structures avec laquelle je travaille ont ces mêmes ambitions, je ne pourrai qu’avoir ce désir de foncer et d’innover .


Quels conseils donnerais-tu aux gens qui souhaiteraient devenir enseignants ?

C’est magnifique et je les encourage au maximum. L’enseignement est une chance exceptionnelle. Une fois que les plans de cours sont bien ficelés, c’est important de se lâcher et de se libérer. D’accepter de donner toute l’expérience, la théorie, et l’information que l’on peut. Parce qu’au final on porte les rêves et les ambitions de tout un tas de personnes. Personnellement je donnais des cours à Strasbourg où je faisais du monitorat. Certains étudiants venaient me voir avec tous pleins de questions et des étoiles pleins les yeux ! “Wow ça m’a inspiré, est ce que vous auriez des conseils ?”.

Forcément il y a des gens et des profils qui vont se projeter et être inspiré par les valeurs que l’on transmet, c’est une énorme responsabilité. Il faut le plus possible se rappeler que l’on doit être éthique sans oublier de s’amuser, donner du fun, et de communiquer cette motivation qui nous anime. Il faut montrer que l’on a nous-même envie d’apprendre.

On apprend d’ailleurs énormément de choses en donnant des cours, il y a beaucoup de choses que l’on ne sait pas, même beaucoup plus qu’on ne le croit. Il faut accepter de relever les défis, accepter de dire ”je ne sais pas” à des étudiants et de leur dire : “Je vous promets de revenir la semaine prochaine avec une réponse en béton”. Se dépasser soi-même, c’est comme ça que l’on apprend énormément en tant en enseignant.


Un grand Merci !

Je remercie chaleureusement Laura-Joy pour m’avoir accordé cette interview des plus passionnantes et inspirantes ! 

Je profite aussi de ces quelques lignes pour encore remercier Laura-Joy pour la confiance qu’elle m’a apportée lors de cette année avec Onepoint Bordeaux au sein de l’équipe R&D. Le projet ï-decide m’a permis de développer de nouvelles compétences en UI Design et de découvrir les métiers du développement web sous Angular ! Une année unique riche en apprentissage pour cette dernière année de Master.

Merci Laura-Joy et encore bravo pour ton magnifique parcours ! 🙂